Pfizer appuie lourdement sur nos vessies

Publié le par Jammiii

Pfizer appuie lourdement sur nos vessies

COMMUNICATION
   Le petit coin s’affiche en triple format mondial. Ou comment vendre un médicament contre l’incontinence urinaire sous couvert de prévention. Un géant pharmaceutique innove.

Joëlle Fabre
Publié le 17 novembre 2005

pharmacie, publicité toilettes
DR

» Les entreprises pharmaceutiques ne sont pas autorisées à faire de la publicité pour les médicaments soumis à prescription médicale. Depuis vingt ans, elles s'accommodent de cette interdiction en informant le public - via les journaux, la TV ou des tous-ménages - sur tel problème ou telle maladie. Et de rappeler que le traitement existe, sans préciser lequel. But: créer des besoins, inciter les gens à aller consulter pour se faire prescrire leur produit. Pfizer est le premier à investir la rue avec ce type de message préventif «intéressé».

   Vous pensiez être normal, le doute vous saisit. «Ma vessie est-elle hyperactive? C'est vrai que je vais souvent aux toilettes. C'est grave docteur? Parait que ça se soigne.» Les troubles de la fonction urinaire s'affichent sans complexe dans toute la Suisse ces temps-ci, suggérant que nous souffrons tous en silence d'un problème qui pourrait facilement être réglé. D'éloquentes cuvettes de WC pavoisent à tous les coins de rues, assorties du slogan «Parlez-en à votre médecin» et renvoyant au site internet www.incontinence-urinaire.ch.

   Il y a quelques semaines encore, c'est la migraine qui se donnait à voir en triple format mondial, symbolisée par une page d'agenda couverte de rendez-vous biffés pour cause de céphalées. Ces campagnes de pub nationales sont toutes deux signées Pfizer, la plus grosse entreprise de médicaments du monde, née il y a cent cinquante ans aux Etats-Unis.

   «Ce ne sont pas des campagnes de pub, ce sont des campagnes d'information», corrige Martin Weilenmann, porte-parole de Pfizer Suisse qui, entre autres produits, fabrique justement un médicament contre la migraine et un médicament contre l'incontinence urinaire. Pourquoi avancer semi-masqué et ne pas vanter tout de go les produits en question? Tout simplement parce qu'en Suisse comme dans l'Union européenne, les lois n'autorisent pas la publicité pour les médicaments soumis à prescription médicale.

Stratagème


   C'est ainsi que depuis des années, les entreprises pharmaceutiques ont développé de ce côté de l'Atlantique une stratégie de communication leur permettant de promouvoir leurs médicaments de façon indirecte, en toute légalité. Elles démarchent les malades potentiels en publiant dans les journaux, revues spécialisées, à la TV ou encore sur internet, des informations médicales sur tel problème ou telle affection - en rappelant bien sûr que le traitement existe.
Les personnes qui se sentent concernées par la dysfonction décrite vont consulter leur médecin et, dans le meilleur des cas, se font prescrire «la» spécialité qui se cache derrière le message préventif de la firme. Pfizer avait mis le paquet pour le Viagra (ce produit représente actuellement plus de 2 milliards de chiffre d'affaires dans le monde), précipitant chez le médecin, par la magie de l'information médicale, des foules d'hommes soudain inquiets pour leur fonction érectile. Combien d'entre eux avaient calculé leur QX (quotient sexuel) grâce au test disponible sur le site internet de la firme?

   Parallèlement, les entreprises pharmaceutiques démarchent les médecins, auprès desquels la publicité pour les médicaments est autorisée. Toutes les techniques marketing sont mises en œuvre pour les inciter à prescrire un médicament plutôt qu'un autre.

   L'industrie pharmaceutique crée-t-elle des pathologies? Au CHUV, le professeur Hans-J. Leisinger, chef du service d'urologie, ironise: «Il est clair qu'à travers cette campagne agressive sur l'incontinence urinaire, Pfizer crée des besoins. De nombreuses personnes, hommes et femmes, vont fréquemment aux toilettes sans que cela relève d'une pathologie quelconque, ni que ça leur pose problème au quotidien.»

Source : 24heures

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Publié dans Papier Q News

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G
Tu viens d'appporter une réponse à la question que je me posais depuis quelques jours : Quel est le malade qui a financé ces affiches que l'on voit dans toute la ville? ;-)<br />
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