Les cabines urinoirs au Sénégal

Publié le par Jammiii

LES CABINES URINOIRS SONT LÀ ...Et pourtant, certains continuent de polluer l’environnement
 

     L’Agence pour la propreté de Dakar (Aprodak) a construit des toilettes publiques dans plusieurs quartiers de la capitale. Les gérants de ces pissoirs subissent, pourtant, la loi de certaines personnes qui refusent de les fréquenter. Et ce sont les alentours de ces infrastructures et autres espaces publics qui sont vite transformés en pissotières.

     Nous sommes au croisement “ Copé ”, à Bène Tally. Un soleil de plomb tape dur sur les visages. Longue de plus de deux mètres en hauteur, estampillée du sceau “ Aprodak ” (du nom de la structure chargée de sa gestion), une toilette publique, peinte en bleu et blanc comme toutes les espèces, trône sur les lieux. Un bébé se gave du lait de sa maman, la gérante de ce lieu de ... soulagement. A côté de cette dame, la trentaine, est posé un sceau dans lequel tiennent debout trois bouteilles pleines d’eau. Les entrées sont tarifées à 25 et 50 francs, selon les besoins de l’utilisateur. Des excréments jonchent à quelques mètres du pissoir public.

     Le temps de nous entretenir avec la femme sur les modalités d’usage des W.C. publics et de paiement des gérants, un jeune homme, arborant une tunique de caméraman, se pointe en catastrophe. Prestement, il remet 50 francs à la gérante et disparaît dans l’urinoir. “ C’est vraiment très pratique ces toilettes ; malheureusement, elles sont très peu utilisées. Mais, il faut noter que les gens ne sont pas éduqués à les utiliser. Ils n’en ont pas le réflexe. J’en vois qui se soulagent en pleine rue ”, commente Abdou, à sa sortie de l’urinoir. Connaisseur !

     Le long du mur de la grille de clôture de la grande mosquée de Dakar, en face de la Rts, des matières fécales jonchent, par endroits, le sol. L’interdiction de passer à cet acte, que des graffitis en rouge (“Interdit d’uriner et de déposer des ordures ”) intiment aux passants, n’y fait rien. Des passants, tout à leur aise, bravent l’interdit. “ Les lieux publics doivent être gardés. C’est la seule solution de les protéger de ses selles et urines ”, pense Amadou Ndiogou, un mécanicien rencontré dans les parages. En attendant, certaines personnes se soulagent où bon leur semble.

     A un jet de pierre du marché Petersen, une dame -les mains enfilées dans des gants - s’occupe à nettoyer un urinoir. S’il faut en croire Soda, elle essuie “ des menaces de toutes sortes ” pour avoir osé intimer l’ordre à des passants et riverains du marché de ne pas salir les alentours de la pissotière dont elle a en charge la maintenance. Aux mêmes brimades, Fatou Ndaw s’est habituée. Des personnes fréquentent les toilettes, refusent tout bonnement de verser la moindre contrepartie. D’autres ne déboursent que la moitié des tarifs. Une catégorie d’usagers préfèrent négocier avec les gérants de toilettes, pour se soulager sans bourse délier. Chaque jour, de 9 h à 19 h, Soda veille à la propreté des W. C. L’intendance lui échoit de même. Toujours, 25 ou 50 francs. On retrouve le même décor que celui observé à Bène Tally. Ici, les murs voisins de l’urinoir, trop pisseux, tirent même sur le jaune à cause de la salissure dont ils sont l’objet.

     Vidanges régulières

     Ces toilettes en arrivent parfois à s’engorger. Elles nécessitent une vidange régulière des fosses et un nettoiement permanent des murs et cabines de douche. Awa, gérante, indique que la fosse de l’urinoir dont elle s’occupe est vidée une seule fois par mois. Ce qui est loin d’être suffisant. Parfois, la fosse est engorgée. Et partant, les toilettes deviennent défaillantes. C’est le cas d’une de ces unités installées près de la gare routière de Petersen. Celle-là se trouve fermée au moment de notre passage sur les lieux. Au grand dam des usagers.

     Une autre dame à qui incombe le nettoyage de ces toilettes annonce qu’elles sont vidées une fois par semaine. Les alentours de cette pissotière sont très sales. Et non loin de là, à dix mètres environ, se dresse une cabane servant de logis à des familles. Une odeur exaspérante triture les narines aux riverains. Pour le gérant Modou Guèye, il faut impérativement procéder, chaque nuit, au nettoiement.

     “ Il m’arrive de rester ici de 9 h à 13 heures sans même pouvoir encaisser 150 francs ”, se désole Astou qui officie à Bène Tally. La localisation de certaines toilettes fait qu’elles souffrent d’une très faible fréquentation. C’est le cas à Bène Tally où beaucoup d’espaces en friche sont vite transformés en urinoir de fortune, au détriment des véritables. Par contre, dans le centre-ville, il est difficile de trouver un local où l’on peut se soulager. Cette situation sourit aux gérants des toilettes installées à Sandaga et ses environs. Les espaces publics comme les marchés plaident aussi en faveur de ces gérants. Soda, elle, empoche entre 2.500 et 4.000 FCfa, en moyenne, par jour. A l’Aprodak, elle verse 10.000 F.Cfa mensuels. La différence de l’argent encaissé pendant un mois lui revient de droit.

SOULEYMANE FAYE (STAGIAIRE)

Source : Lesoleil.sn

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Publié dans Papier Q News

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